Charles Babbage : un type qui en avait marre de faire du calcul à la main
Imagine-toi en 1830, au cœur d’une Angleterre victorienne fière de ses moustaches, de ses cheminées, et de ses équations différentielles. Tu t’apprêtes à publier un tableau mathématique rempli à la main par un type qui n’a pas dormi depuis trois jours, a probablement mal recopié ses chiffres, et vient de confondre un 7 avec un 1. Résultat : ton navire tout beau tout neuf prend l’eau, ton obus part à côté, et tu as officiellement tué plus de marins que la dysenterie en 50 ans.
Heureusement, un homme existe. Il s’appelle Charles Babbage, il est mathématicien, ingénieur, un peu misanthrope, mais très attaché à une idée simple : les humains sont trop nuls pour faire du calcul précis. Il faut les remplacer… par des machines.
Le mec voulait juste des chiffres corrects
Babbage, horrifié par les erreurs dans les tables logarithmiques imprimées à l’époque, propose de créer une machine capable de faire le boulot sans se planter. L’idée ? Un automate mécanique, alimenté à la manivelle, qui calcule grâce à la méthode des différences finies.
Il appelle ça la Machine à différences. Oui, ça sonne un peu bizarre, mais c’est une vraie avancée. C’était censé ressembler à un gros bloc de métal avec des rouages, des tiges, des leviers, des cylindres dentés… bref, un mix entre une montre suisse et un automate géant. Elle doit pouvoir imprimer ses résultats elle-même, pour éviter les erreurs humaines en fin de chaîne.
Spoiler : elle ne sera jamais terminée. Manque de moyens, de technologie, de financement, de patience. C'est l’histoire classique de tout projet ambitieux qui est en avance sur son temps.
Puis il invente littéralement l’ordinateur. Mais… en bois.
Vers 1837, Babbage passe à la vitesse supérieure : il conçoit la Machine Analytique, un engin programmable, avec une mémoire, une unité de calcul, des cartes perforées comme code source, et même une imprimante. Et en plus de ça, elle doit pouvoir répéter des instructions : des boucles. C’est le squelette de l’informatique moderne. Cent ans avant Turing. Cent cinquante ans avant les processeurs Intel. Sauf qu’il aurait fallu des milliers de pièces métalliques usinées à la main pour le construire. Et même dans Factorio, personne n’a cette patience.
Et comme toute bonne histoire anglaise, y’a aussi une femme brillante qu’on oublie au passage
Ada Lovelace, seule à comprendre l’ampleur de la Machine Analytique, écrit en 1843 ce qu’on considère comme le premier programme informatique de l’histoire, pendant que la moitié de l’Europe pense encore que l’électricité est un péché. OKLM.
Elle voit ce que personne ne voit : une machine qui ne se limite pas aux chiffres, mais pourrait manipuler des symboles, des sons, ou des images. Elle a littéralement prédit l’ordinateur multimédia.
Charles Babbage est mort frustré. Tu m’étonnes.
Pépé Babbage a passé 40 ans à dessiner des plans, demander des financements, râler sur les imprimeurs, et se faire snober par les bureaucrates. Ce qu’il laisse ? Des plans, des croquis, des prototypes partiels, et une idée : les machines peuvent penser. Ou du moins, exécuter des instructions logiques mieux que nous. Et c’est peut-être ça, au fond, l’héritage le plus puissant de Babbage : avoir compris, avant tout le monde, qu’on allait tous finir esclaves des machines. Sauf que lui, au moins, avait prévu une manivelle pour les éteindre. Son œuvre est restée inachevée, incomprise, presque oubliée... jusqu’à ce que des ingénieurs du Science Museum de Londres construisent sa machine selon ses plans, en 1991. Et devine quoi ? Ça fonctionne.
"On l’a pris pour un illuminé. Il était juste en avance de 150 ans."
Pour terminer, et juste pour la petite histoire, Pépé Babbage fait aussi partie des précurseurs dont les travaux ont servi à inventer le compteur de vitesse, le pare-buffle triangulaire des trains. Il a aussi commencé à comprendre qu’on pouvait compter l’âge d’un arbre au nombre d'anneaux en son cœur, a aussi milité pour le prix unique du timbre, quelle que soit la distance de destination et encore d’autres choses… en bref, Pépé Baggage n’avait peut être pas la fibre, mais il câblait sévère.
Babbage dans la pop culture ?
Il apparaît dans Assassin's Creed Syndicate, et dans plein de fictions steampunk. Il est aujourd'hui considéré comme l'un, si ce n'est le tout premier père de l'informatique modèrne. Une gueule, un cerveau, des idées trop grandes pour son époque. Et un rêve : que les machines calculent mieux que nous. Un rêve qu’on est pas loin d’avoir réalisé.
