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L’homme qui comprenait l’univers (et nous a laissé un mode d’emploi)

Imagine un type qui, à 6 ans, faisait déjà des divisions à plusieurs chiffres dans sa tête, en mangeant des biscuits secs, pendant que nous on faisait des bulles dans le lait.

À 8 ans, il parlait le grec ancien pour le fun. À 10, il lisait Laplace pour se détendre. Bienvenue dans la tête de John von Neumann, aka le gars qui a littéralement dessiné la carte mère de l’humanité numérique pendant que tout le monde faisait la sieste. Un des types les plus intelligents (et flippants il faut avouer) du XXe siècle. Mais voilà. Le monde, encore une fois, n’était pas prêt.


L’homme qui modélisait tout. Même les guerres.

Né en 1903, dans l’empire Austro-Hongrois (qu’on soupçonne d’avoir implosé rien que parce qu’il avait compris qu’il ne le méritait pas), von Neumann est rapidement devenu le cauchemar des cerveaux ordinaires. Et des professeurs. Et des mathématiciens. Et de tout le monde.

"En mathématiques, on ne comprend pas les choses, on s'y habitue." — John von Neumann

D’abord, la théorie des jeux. En 1944, von Neumann coécrit Theory of Games and Economic Behavior avec Oskar Morgenstern. Il y formalise les principes stratégiques du “si je fais ça, il fait ça, donc je fais ça, etc.”,.. Une base pour la guerre froide, la diplomatie, et ta stratégie sur Warcraft III.


Il invente littéralement l’ordinateur moderne… sans le construire

Côté informatique, Neumann est l’auteur du premier véritable modèle d’ordinateur programmable : la fameuse architecture de von Neumann. Et c’est plus ou moins celle qu’on utilise encore aujourd’hui dans nos PC, nos PS5, et nos téléphones.

En gros :

  • Une mémoire
  • Une unité arithmétique (pour calculer)
  • Un système de contrôle (pour diriger tout ça)
  • Des instructions stockées comme données (la révolution !)

Ajoute une horloge, un peu de RAM, et boum : l’ordinateur est né. En 1945, il publie le First Draft of a Report on the EDVAC, un brouillon de 100 pages qui sert de plan fondateur à toute l’informatique moderne.

Pendant ce temps-là, nous on rame pour installer une imprimante.


Et en prime, il pose les bases de l’intelligence artificielle

Dans The Computer and the Brain (publié posthume en 1958), von Neumann tente de comparer le fonctionnement du cerveau humain avec celui d’une machine. Il parle déjà :

  • De réseaux de neurones,
  • D’auto-organisation,
  • De machines capables de s’adapter.

Il imagine même des automates capables de s’auto-répliquer. Littéralement. En 1951, il décrit un engin abstrait qui copie son propre code — ancêtre des virus informatiques, et de l’idée même d’intelligence auto-évolutive.

Et donc, avant même qu’on invente le mot IA, il en conçoit la structure théorique. N’oublions pas non plus que c’est lui qui pose les bases de la Singularité technologique. C’est la théorie selon laquelle, l’IA va connaître une croissance exponentielle, une « explosion d’intelligence », qui dépassera de loin l’intelligence humaine, et provoquera des changements imprévisibles dans la société humaine (en bien ou en mal). Cela revient à dire que l’humanité pourrait perdre le contrôle de son destin. Sujet très vaste, et de plus en plus d’actualité.


Bombe H, hauteur d’explosion et doctrine MAD

Mais ce n’est pas tout. Von Neumann était aussi consultant militaire, et a bossé sur :

  • Le projet Manhattan (la bombe A),
  • Le développement de la bombe H (thermonucléaire),
  • L’optimisation de la hauteur d’explosion pour maximiser l’impact (oui, il a aidé à choisir combien de mètres au-dessus du sol la bombe devait péter pour plus d’efficacité. Cool).

Il aurait déclaré à Truman : « Il faut frapper les Soviétiques maintenant pendant que nous avons l’avantage. »

C’est de là que viennent les concepts de stratégie dominante, équilibre de Nash, et plus tard la fameuse Destruction Mutuelle Assurée (MAD), ou « Equilibre de la terreur ». Cette doctrine affirme que lors d’un conflit, si l’un des deux belligérants appuie sur le bouton rouge, alors son adversaire en fera de même. C’est aujourd’hui ce qu’on appelle la dissuasion, où l’on n’obtiendrait aucun bénéfice ni d’un côté ni de l’autre, car les deux camps seraient annihilés.

"Si les gens ne croient pas que les mathématiques sont simples, c’est uniquement parce qu’ils ne réalisent pas à quel point la vie est compliquée." — John von Neumann

Et von Neumann dans la pop culture aujourd’hui ?

Tu penses qu’un tel personnage serait oublié ? Détrompe-toi :

  • Il apparaît dans Assassin’s Creed: Brotherhood, comme figure historique évoquée dans les bases de données Abstergo.
  • Dans Sid Meier’s Civilization VI, un bâtiment peut porter son nom pour booster la recherche.
  • Il est régulièrement cité dans des œuvres de science-fiction, dont The Peripheral (William Gibson), Greg Egan, ou Neal Stephenson.
  • La notion de "sonde de von Neumann" est devenue un trope classique dans la SF.
  • Et on ne compte plus les articles scientifiques, séries YouTube et essais modernes qui lui rendent hommage.

Ah, et Google lui a dédié un Doodle en 2013 pour son anniversaire.


L’héritage

John von Neumann est mort en 1957 à 53 ans de causes provenant de ses recherches sur le nucléaire. D'un cancer probablement dû aux radiations auxquelles il était exposé, et d'un pessimisme croissant sur les enjeux possiblement destructeurs de ses travaux. C’est jeune. Sur son dernier lit, il sera constamment surveillé par les militaires, de peur qu'il ne dévoile certains secrets de ses recherches à cause des traitements de fin de vie. Mais entre 1925 et 1955, ce gars a :

  • Réinventé les mathématiques,
  • Défini les bases de l’informatique,
  • Proposé des stratégies de guerre nucléaire,
  • Inspiré l’intelligence artificielle,
  • Fait des blagues en latin.

Et comme tout bon visionnaire, il a fallu au moins 30 ans pour piger la moitié de ce qu’il avait dit.

"Cela ne sert à rien d'être précis quand on ne sait même pas de quoi on parle." — John von Neumann

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